

Journée d’études organisée par le Centre de recherche du château de Versailles et la Société Saint-Simon, avec le soutien scientifique de la Société Internationale pour l’Étude des Femmes de l’Ancien Régime.
Saint-Simon dépeint dans son œuvre une cour où les femmes sont omniprésentes et où elles exercent une influence majeure sur le pouvoir. Mme de Maintenon « règne » ainsi sur Louis XIV, la duchesse du Maine gouverne son mari – qui « tremblait devant elle » –, et Philippe V se laisse mener à la cour d’Espagne par la princesse des Ursins. La galerie féminine des Mémoires, par sa variété et sa richesse, témoigne du rôle politique des femmes à une époque où leur puissance ne saurait être qu’indirecte. Si par leurs intrigues, certaines femmes sont transfigurées en usurpatrices, d’autres se distinguent cependant par leur beauté, leur éclat, leur esprit, leur loyauté ou leur habileté, et témoignent du regard fasciné du mémorialiste. Mme de Saint-Simon domine évidemment la constellation féminine des Mémoires et l’œuvre laisse transparaître, malgré la pudeur que les normes d’alors imposent au discours, un amour profond pour cette femme estimée de tous, modeste et vertueuse. L’admiration du mémorialiste ne s’arrête pas pour autant à son épouse. Saint-Simon est par exemple particulièrement sensible à « l’esprit Mortemart », qu’il associe à Mme de Montespan, à l’abbesse de Fontevraud et à Mme de Thianges ses sœurs, ou encore à Mme de Castries sa nièce. Le portrait de cette dernière – « espèce de biscuit manqué » qui était tour à tour « aimable », « glorieuse », « cruellement méchante » et « fort bonne amie » – témoigne de l’attention remarquable que Saint-Simon porte à la complexité des êtres, dont il sait dévoiler avec nuance l’individualité. Le mémorialiste est en effet capable de déformer le réel comme d’en recréer la singularité avec une justesse qu’a admirablement soulignée, dans Mimésis, Auerbach à propos du portrait de la duchesse de Lorges, sa belle-sœur, « la meilleure femme du monde et la plus folle de tout plaisir ».
Si les femmes occupent une place très importante dans les Mémoires, la Société Saint-Simon ne leur a pourtant pas jusqu’à présent consacré de réflexion globale. Les études saint-simonistes se sont évidemment intéressées à certaines figures de premier plan, telles Mme de Maintenon, la princesse Palatine, la duchesse de Berry, la duchesse d’Orléans ou la princesse des Ursins, sans pour autant que ces travaux rencontrent les recherches récentes sur l’histoire des femmes. Cette journée d’études à vocation pluridisciplinaire entend ainsi proposer une nouvelle approche de l’œuvre de Saint-Simon grâce à un dialogue entre spécialistes de l’histoire des femmes et des Mémoires d’Ancien Régime. Il conviendra dès lors de se demander quelles femmes sont représentées dans les Mémoires, et selon quelles modalités. Nous proposons d’abord de nous arrêter sur le réseau de parenté et d’amitiés féminines qui entoure Saint-Simon, et dont il sait se prévaloir pour se tenir informé et agir à la cour. Son épouse, comme dame d’honneur de la duchesse de Berry, le fait bénéficier des avantages afférents à sa place ; d’autres femmes en font-elles autant ou, au contraire, certaines représentent-elles un obstacle à ses ambitions ? Et comment peut-il lui-même agir en faveur de ses parentes et amies ? Cette approche d’histoire sociale se doublera d’une étude des modes de perception et de représentation du pouvoir féminin dans les Mémoires. Qui est louée ? Qui est diabolisée ? Pourquoi ? et selon quels procédés langagiers ? Pour mieux cerner ses éventuelles spécificités, il sera également intéressant de confronter Saint-Simon à des autrices et à des mémorialistes femmes de la même époque, et d’examiner le regard différencié qu’ils peuvent porter sur les événements. Il s’agira enfin, d’un point de vue historiographique, de s’interroger sur le poids des écrits de Saint-Simon à long terme, en particulier dans la construction des réputations, voire des légendes (souvent noires), dont certaines femmes ont pu faire l’objet. L’imaginaire qui entoure ces figures s’en est trouvé figé au point qu’aujourd’hui, certains historiens choisissent de rester à distance des Mémoires ; c’est alors leur valeur de source historique, en particulier pour l’histoire des femmes, qui doit être questionnée.
Programme à venir
La journée d’études se tiendra le samedi 11 avril 2026 à l’auditorium du château de Versailles.
Les inscriptions pour cet évènement ouvriront prochainement.