Recherche et formation

Les clergés de cour en Europe (fin XVe siècle - XVIIIe siècle). Service religieux et service politique dans les systèmes curiaux

Colloque international - 24-26 janvier 2013 - Galerie basse du château de Versailles

Colloque international organisé par l’université François-Rabelais de Tours (CESR), l’Institut universitaire de France, le Centre de recherche du château de Versailles et l’université de Liège (Transitions).

Ce colloque international a réfléchi à la notion de clergé de cour en Europe sous l’Ancien régime, que nous pouvons définir de manière large comme l’ensemble des membres du clergé qui entraient dans la curia regis pour y recevoir ou y remplir une charge ou une mission, le plus souvent validée par un office, une commission et/ou une dignité s’exerçant soit dans le cadre de la Chapelle (grands aumôniers, prédicateurs, confesseurs en pays catholiques, etc.), soit dans celui du Conseil et de ses prolongements administratifs (diplomatie, armée, information, etc.).

Ce projet de recherche collective a pris en compte les deux versants du service : le religieux (dans sa dimension théologique, spirituelle et liturgique) et le politique (dans sa dimension décisionnelle, gouvernementale et administrative) pour tenter d’en comprendre et d’en dégager sur la longue durée, les fonctions, les interrelations et les finalités au sein de l’économie curiale. Cette notion de clergé de cour a l’avantage d’être globalisante et systémique : elle ne définit pas les ecclésiastiques uniquement par leur relation aux princes et aux rois et donc par le jeu de la faveur, du don et du contre-don, ni seulement par le type d’activité (Chapelle, Conseil, diplomatie, etc.), mais essentiellement par la nature polymorphe du service et aussi par le système sociopolitique dans lequel il s’inscrit.
Présents dans les entourages princiers depuis l’époque carolingienne, les ecclésiastiques prennent dès la fin du Moyen-Âge des postes clés dans les cours princières en voie de formation, non seulement dans les systèmes administratifs et les conseils mais aussi dans les Chapelles qui se gonflent de nouveaux effectifs et de nouvelles dignités. Ils deviennent l’une des composantes essentielles de l’espace curial aux côtés des autres serviteurs du prince. Si des spécificités techniques apparaissent durant la Renaissance, les deux mondes de la Chapelle et du Conseil fonctionnent souvent en étroite symbiose.
Les études historiques portant sur le personnel de cour se sont jusqu’à présent beaucoup intéressées aux laïcs (nobles et officiers) mais rarement à ce groupe de l’espace aulique qui représente l’un des plus solides appuis des pouvoirs princiers. Cela tient pour l’essentiel à l’idée en partie erronée que la cléricature aulique n’était qu’une dignité ou une charge, revêtue par les membres de la noblesse pour accroître leurs revenus et leur pouvoir, mais non pour servir leur Église. Ce point de vue exclut d’emblée les motivations, les stratégies et les croyances religieuses du champ de la réflexion sociopolitique. Cependant, ces serviteurs avaient la particularité d’être situés non seulement entre la cour et l’Église, mais aussi entre le prince et Dieu. Ils apparaissent donc comme un objet d’étude particulièrement pertinent pour appréhender les relations entre la religion et le politique en Europe et, si l’on se place à un niveau institutionnel, entre les Églises et les États.
Ce projet a accordé une part prioritaire à la dimension européenne et chrétienne du sujet. Il a étudié le centre des cours sans négliger les autres types de missions politico-religieuses confiées à ces ecclésiastiques, ni des rapports qu’ils entretenaient avec leurs bénéfices cléricaux. À travers ce colloque international, il s’agissait donc de faire apparaître les interrelations entre la religion et le politique, mais aussi ces éventuelles phases de prise de distance ou de séparation.

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Programme

Enre­gis­tre­ments audio des com­mu­ni­ca­tions

  • Béatrix SAULE, Ouverture
  • Alain MARCHANDISSE, Présentation du premier colloque Lille-Tournai
  • Benoist PIERRE, Présentation du second colloque
  • Birgitt EMICH, Court clerics at a clerical court. The Roman Curia, the Apostolic Preacher and the art of differentiation between religious and political clerics
  • José MARTINEZ MILLAN, El Triunfo de Roma en la capilla Real de la Monarquí­a Española. La devoción de las cuarenta horas
  • Albane PIALOUX, « Souvenez-vous, Monseigneur, de la défense que vous devez à l’église romaine ». Le cardinal de Fleury et Rome : entre raison d’État et intérêt supérieur de la catholicité
  • Cédric MICHON, Les prélats au Conseil dans l’Europe de la Renaissance
  • José Pedro PAIVA, Les évêques à la cour du roi. Le cas portugais 1495-1580
  • Hans COOLS, Les ecclésiastiques aux conseils auliques des Pays-Bas Habsbourg (années 1490-années 1570)
  • Zulmira SANTOS, Frei Gaspar de Encarnação (Lisbonne, 1685-1752) : de la réforme spirituelle à la « Réforme » politique
  • Matthias MEINHARDT, Authority and Power. The Political influence of the Court Preacher Basilius Sattler in Brunswick-Wolfenbüttel 1586-1624
  • Jean-Marie CAUCHIES, Des autels à l’hôtel. Le personnel ecclésiastique à la cour de Bourgogne, de Philippe le Bon à Philippe le Beau
  • Paolo COZZO,Tra fede, politica e cultura : il ruolo del clero nella corte di Savoia, XVI-XVIII
  • Jos Eloy HORTAL, The religious members of the royal chapel of Philip IV of Spain
  • Éléonore Alquier, Les aumôniers de Louis XIV
  • Marcelo LUZZI, La chapelle royale de Philippe V d’Espagne : réformes et espace d’intégration
  • Nicole REINHARDT, Prophète ou philosophe ? Les dilemmes normatifs des confesseurs royaux à l’époque moderne. France / Espagne
  • Étienne BOURDEU, Le père Jésuite Lamormaini, confesseur de l’empereur Ferdinand II
  • Fabienne HENRYOT lue par Benoist PIERRE, Un franciscain en politique : la correspondance du P. Donat de Nancy, confesseur de Charles IV de Lorraine
  • Pierre-François PIRLET, Confesseur du Prince : un profil particulier ? L’exemple de la cour espagnole de Bruxelles au XVIIe siècle
  • Frédérick VANHOORNE, L’anti-miroir. L’image du clergé de cour dans l’entourage de Port-Royal, 1640-1715
  • Mikhaïl V. DMITRIEV, Le clergé et le tsar à la cour d’Ivan le Terrible : symphonie manquée ?
  • Malcolm SMUTS, Court clergy, Anglo-Scottish relations and the settling of the british churches, c. 1584-1604
  • Bernard BARBICHE, Conclusions
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