
Ce programme de recherche vise à comprendre les réseaux qui se tissaient à la cour, notamment en étudiant la nomenclature des offices, leur historique et leur mode de transmission, afin de saisir à la fois les mécanismes d’ascension sociale et la hiérarchisation des maisons royales. L’étude systématique et continue des différentes charges offrira la possibilité de dresser une typologie des réseaux (familiaux, géographiques, etc.) tout en permettant de s’interroger sur les détenteurs réels du pouvoir à la cour.
La cour de France constitue, à l’époque moderne, un espace social d’une exceptionnelle densité, où se croisent la proximité du pouvoir, les hiérarchies de service, les logiques de distinction, les intérêts économiques, les alliances familiales et les stratégies de carrière. Étudier la cour ne revient donc pas seulement à observer un cadre politique ou cérémoniel : c’est aussi analyser un monde de relations, de circulations et d’interdépendances, où les positions se construisent, se négocient et se transmettent.
Le programme « Réseaux et sociabilité à la cour de France, XVIIe-XVIIIe siècle » a pour ambition de mieux comprendre les structures humaines qui entourent le souverain et la famille royale, en restituant à la fois les individus, les groupes, les offices, les solidarités et les mécanismes de reproduction sociale qui donnent corps à la société curiale. Il entend saisir la cour comme un ensemble dynamique, fait de liens familiaux, professionnels, géographiques, économiques, clientélaires et symboliques, dont l’étude permet d’éclairer les formes concrètes de l’exercice du pouvoir.
Au cœur de ce programme se trouve l’étude du personnel de cour et des structures de service qui entourent le souverain et sa famille. À travers les charges, leur transmission, leur cumul, les alliances qu’elles favorisent et les stratégies qu’elles rendent possibles, il s’agit d’observer la cour non comme un simple décor du pouvoir, mais comme un espace social profondément structuré, où se forment des dynasties, se construisent des influences et se redéfinissent en permanence les hiérarchies. Les deux axes du programme explorent ce même objet selon des focales complémentaires : l’une, économique, attentive aux conditions matérielles et patrimoniales de la vie curiale ; l’autre, prosopographique, centrée sur les personnes, les charges et les réseaux.
Le premier, « Econoble », est consacré à l’étude économique de la cour. Il s’attache aux dimensions matérielles, patrimoniales et financières de la vie curiale : valeur et circulation des charges, revenus, cumul d’offices, stratégies d’investissement, poids des alliances matrimoniales, dynamiques de promotion, articulation entre service du prince et intérêts familiaux. Cet axe vise à montrer que la cour ne fut pas seulement un lieu de représentation, mais aussi un espace économique à part entière, où se jouaient des choix de carrière, des transmissions de capitaux et des formes spécifiques de mobilité sociale.
Le second axe, « PERCOUR », est consacré à la démarche prosopographique, interroge plus généralement la cour à partir des personnes qui la composent, des charges qu’elles occupent et des liens qu’elles entretiennent. Il vise à documenter les trajectoires individuelles, les continuités de service, les logiques de parenté, les réseaux d’influence et les structures internes des maisons royales et princières. Cet axe fournit le socle documentaire et méthodologique indispensable à une connaissance fine et renouvelée du monde curial.
En articulant étude économique et enquête prosopographique, le programme entend proposer une lecture à la fois sociale, relationnelle et matérielle de la cour de France. Il s’agit moins d’opposer des approches que de les faire dialoguer, afin de mieux comprendre comment se formaient les groupes de cour, comment se transmettaient les positions, comment se construisaient les réputations et comment se déployaient, au quotidien, les multiples formes de sociabilité qui structuraient la vie au plus près du pouvoir.
Par cette organisation en deux axes, le programme affirme une ambition scientifique claire : renouveler l’histoire de la cour en conjuguant l’exploitation critique des sources, la structuration des données, l’analyse des réseaux et l’attention portée aux pratiques concrètes du service, de l’échange et de la distinction.
Direction du programme : Mathieu da Vinha, directeur du Centre de recherche du château de Versailles.
Coordination de l’axe « Éconoble - La noblesse chez le roi : économie d’une cohabitation curiale (1682-1789) » : Flavie Leroux, chargée de recherche au Centre de recherche du château de Versailles.
Coordination de l’axe « Personnes, charges et réseaux à la cour de France » : Benjamin Ringot, chef du service Recherche, événements et enseignement du Centre de recherche du château de Versailles.
Comité scientifique :
Consultez notre appel à publication dans le Bulletin du Centre de recherche en lien avec cet axe de recherche.